DRC: Le Dialogue Intercongolais
Le 25 février 2002 débute À Sun City, Afrique du Sud, le Dialogue Intercongolais. "Intercongolais" parce que 361 délégués se sont déplacés afin de représenter le gouvernement congolais, l'opposition politique, les forces vives, le RCD, le MLC, le RCD Kinsangani/ML et les combattants MAI-MAI. "Dialogue" parce que ces représentants devront discuter ensemble de solutions À adopter pour l'avenir de la RDC. Pour cela cinq commissions ont été formées, chacune d'entre elles étant composée de membres des groupes invités.
Il s'agit de la Commission "Politique et juridique", la Commission "Economique et financière", la Commission "Humanitaire, sociale et culturelle", la Commission "Défense et sécurité" et de enfin de la Commission "Paix et réconciliation nationale". Les négociations sont articulées par le facilitateur Sir Ketumile Masire (ancien président du Bostwana). Le Président sud-africain Thabo Mbeki, dont le pays supporte avec l'Union Européenne les frais du Dialogue, participe également par ses interventions et propositions À l'avancée des négociations.
Après un démarrage lent et chaotique, le Dialogue se déroule sans accrochage majeur de telle sorte que les commissions peuvent oeuvrer À l'adoption de solutions consensuelles. Si les Commissions "Politique et juridique" et "Défense et sécurité" ne sont pas parvenues À achever leurs travaux, 37 résolutions ont néanmoins été adoptées par l'ensemble du Dialogue.
Mais alors que les négociations doivent prendre fin le jeudi 18 avril, et alors que le bilan ne reflète aucun consensus général sur la totalité des points soulevés, un accord est signé le 17 au soir entre le gouvernement et le MLC de J.P Bemba.
Cette entente prévoit pour la période de transition un système institutionnel classique: un Président de la République, Joseph Kabila, un Premier Ministre-chef du gouvernement, JP Bemba, un Parlement bicaméral, avec À la présidence de l'Assemblée, un représentant du RCD, et À celle du Sénat un représentant de l'Opposition politique. Ces personalités ne sont alors révocables pendant toute la transition qu'en cas de trahison, concussion ou corruption. La Société Civile et les Forces Vives seraient quant À elles présentes aux présidences des autorités indépendantes À savoir la Commission Electorale, la Haute Autorité des Médias, la Commission Vérité et Réconciliation, l'Observatoire National des Droits de l'Homme, la Commission d'Ethique et de la lutte contre la corruption.
Il semble donc À première vue que gouvernement et MLC ont pris soin de n'oublier personne, se réservant toutefois les principaux pouvoirs.
En effet, Kabila, en tant que chef de l'Etat, disposera de pouvoirs propres comme la promulgation des lois (sans qu'il soit précisé s'il s'agissait d'une obligation ou d'une simple faculté de promulguer les lois élaborées par l'Assemblée Nationale), l'accréditation des hauts fonctionnaires ou encore la prise de décisions par voie d'ordonnance dans le "cadre des prérogatives qui lui sont reconnues par la Constitution". Kabila sera également commandant des forces armées et Président du Conseil Supérieur de la Défense, conseil dont la composition, le fonctionnement, le rôle et la compétence seront déterminés par une loi. Il partagera cependant avec Bemba (contreseing du Premier Ministre) le pouvoir de nomination et de révocation des membres du gouvernement, À partir des candidats proposés par chacune des composantes présentes au Dialogue. A noter que Bemba pourra, en concertation avec les composantes, récuser un candidat À un poste ministériel. Enfin, l'accord prévoit la possibilité pour Kabila de présider le Conseil des Ministres sur proposition du Premier Ministre ou en cas de "situation exceptionnelle"(formule évidemment vague en période de transition et de conflit latent). Les actes pris en matière d'affaires étrangères, de défense et d'intérieur devront dans tous les cas être issus d'une collaboration entre Kabila et le gouvernement, gouvernement pourtant en charge de "conduire la politique de la Nation".